Plaidoyer pour une abeille nourrie au miel

Nous le savons tous, les abeilles se nourrissent des fleurs. Le pollen lui fournit des gras et des protéines tandis que le nectar lui fournit de l’énergie.

Durant la belle saison, les abeilles butinent des milliers de fleurs, récoltant les précieuses substances florifères afin de les entreposer dans les alvéoles de la ruche en prévision de la saison froide. Ainsi en est-il depuis des millénaires !

Mais aujourd’hui, l’apiculture moderne (à l’image de l’agriculture) a quelque peu dénaturé notre façon de concevoir et de travailler avec la nature et ses habitants. Voyons pourquoi l’abeille est anthophile et interrogeons-nous sur la pertinence de la pratique qui consiste à nourrir les abeilles au sirop de sucre blanc raffiné plutôt que de leur laisser leur miel.

L’abeille dont il est question ici est l’apis mellifera. Elle se décline en une trentaine de sous-espèces et fait partie de la grande famille des apodes, de l’ordre des hyménoptères. C’est l’abeille la plus employée en apiculture.

L’apparition des hyménoptères coïncide avec celle des premières plantes à fleurs (angiospermes), il y a plus de 100 millions d’années. La famille des apis apparaît quelque 45 millions d’années plus tard. C’est que la nature évolue tranquillement. Mais sûrement. La fleur représente le système reproductif le plus évolué du règne végétal à ce jour. L’abeille est le fruit de cette l’évolution ; parfaitement adaptée à son environnement, avec lequel elle vit en symbiose.

Car, voyez-vous, l’abeille a besoin de la fleur pour se nourrir autant que cette dernière a besoin de l’abeille pour se reproduire. Lorsque la mouche à miel sort butiner, elle s’en tient à la même variété de fleurs, tout au long de son escapade ; c’est pourquoi elle est toute désignée pour servir d’entremetteuse ! En effet, quand l’abeille fouille la fleur à la recherche de nectar, elle se retrouve couverte de pollen, que l’on pourrait comparer à des spermatozoïdes. En butinant de fleur en fleur (toujours la même variété), elle fait pénétrer le pollen dans les pistils (organe femelle) de cette dernière, la fécondant.

Pour attirer le pollinisateur (ici l’abeille), la fleur sécrète un nectar suave et parfumé : une nourriture faite sur mesure pour notre insecte. C’est que notre abeille (comme la guêpe et le papillon) a un système digestif dit « faible ». C’est-à-dire qu’elle a besoin d’une nourriture qui soit en quelque sorte prédigérée. Pour comparer avec notre système digestif, ce serait l’équivalent des nutriments quittant l’intestin grêle pour pénétrer dans le système sanguin.

Or, par un heureux non-hasard, il se trouve que la fleur décompose l’amidon (sucres complexes emmagasinés dans la cellulose des plantes) en sucres simples fournissant à l’abeille une nourriture facilement assimilable. Ces sucres, sous forme de nectar, sont emmagasinés dans le jabot de l’abeille où ils se combinent à des enzymes digestives. Une partie de cette substance est régurgitée pour nourrir les habitants de la ruche ou être entreposée dans les alvéoles. Après avoir collectivement battu des ailes pour en réduire le taux d’humidité, le nectar devient miel et est operculé d’une fine couche de cire afin de le conserver pour la saison froide.

Revenons maintenant à l’apiculture moderne. Il est pratique courante, l’automne venu, que les apiculteurs récoltent le miel de la ruche pour ensuite nourrir « leurs filles » au sirop à base de sucre blanc raffiné. Il est vrai, le nectar est majoritairement constitué de sucrose, un sucre simple chimiquement similaire à celui utilisé lors du nourrissement automnal. Mais contrairement au sucre blanc, le nectar contient des minéraux tels: le phosphate, l’acide sulfurique, le manganèse, le fer, le potassium, le calcium et le natron ainsi que des substances aromatiques (huiles essentielles). La présence de ces substances est importante pour la santé de l’abeille. Les huiles essentielles contenues dans le nectar stimulent le sens du goût qui, par l’intermédiaire du système nerveux, génère le réflexe de digestion et d’élimination. Les minéraux, quant à eux, contribuent à l’alcalinité du sang, aidant à prévenir les maladies.

La pratique du gavage au sirop prive les abeilles des substances qui les ont sustentées pendant des millénaires. Dû à des pratiques apicoles dénaturantes, combinées à des parasites étrangers ainsi qu’à des milieux de monocultures empoisonnées, notre abeille s’effondre inévitablement.

En outre, l’action de laisser le miel aux abeilles s’inscrit dans une démarche environnementale durable, évitant d’encourager une industrie sucrière hypocrite, qui contribue à l’obésité, au diabète ainsi qu’aux maladies cardiaques chez l’humain.

Toutefois, advenant que la survie de la colonie soit compromise pour cause de sécheresse ou autre, la recette suivante est préférable au sirop de sucre blanc simple.

Pour 1 gallon (4 litres)

16 tasses de sucre blanc
6 tasses d’eau chaude
2 tasses d’une infusion de camomille ou thym ou mélisse ou sauge
1 cuillère à thé de sel de mer

Dissoudre le sucre dans l’eau sans l’emmener à ébullition. Ajouter l’infusion et le sel.

Références

CONRAD, Ross, Natural beekeeping, Chelsea Green, White River Junction, Vermont, 2013
LORENZEN, Thor Iwer, The spiritual foundation of beekeeping, Temple Lodge Publishing, Sussex, United Kingdom, 2017
SUZUKI, David et GRADY Wayne, Tree a life story, Greystone, British Columbia, Canada, 2004

 

4 pensées sur “Plaidoyer pour une abeille nourrie au miel”

  1. Bonjour, j’apprécie énormément cet article. Ça soulève en moi plusieurs questions. Dans ma formation j’ai appris que le rapport sucre:eau devait être 2:1 à l’automne, en poids, alors que vous proposez 2:1 en volume, ce qui correspond à 1,6:1 en poid, si on considère une densité de 810 kg/m3 pour le sucre granulé. Le sirop proposé sera-t-il alors assez épais, et se conservera-t-il autant qu’un sirop 2:1 (poids) s’il n’est pas tout consommé cet automne?
    Aussi, on me dit que la consommation de sirop au sucre blanc, puisqu’il contient justement moins de minéraux que le miel, n’encombre pas les intestins de l’abeille qui souffre ainsi moins de nosémose au printemps. Qu’en pensez-vous, selon votre expérience?
    Parlant de minéraux, ne serait-il pas plus juste d’utiliser du sucre de canne bio, par exemple, qui conserve des minéraux et n’est pas raffiné par des produits chimiques?
    Merci pour cette discussion 🙂

    1. Bonjour Julie,
      Je suis désolé pour le long délais de ma réponse.
      Mon webmaster m’a fait parvenir votre courriel aujourd’hui seulement…
      Je ne suis pas certaine de bien comprendre votre question concernant la conservation du sirop de sucre.Laissez-vous les nourrisseurs sur les ruches tout l’hiver ?
      Les abeilles se chargeront de convertir le sucre ingurgité en une substance qu’elles pourront utiliser pour se nourrir pendant l’hiver.
      Mais c’est certaine que ça leur demande plus de travail que si on leur laissait leur miel.
      Je pense que le mythe voulant que le sirop à base de sucre blanc soit meilleur pour la santé des abeilles que le miel est complètement absurde. C’est ce que les apiculteurs aiment à se faire croire afin de récolter tout le miel de la récolte.
      J’ai un mon premier nucléi d’abeille en 2005, je n’ai jamais nourrit au sucre, et le n’ai pas plus de problème de nosémose que les autres apiculteurs. Au contraire je crois.
      Oui le sucre de canne bio pourrait être utiliser plutôt que le sucre blanc, mais non il ne contient pas les même minéraux que le nectar des fleurs.
      Yves Castera, des produits biologiques des la fée, a publié un très pratique fascicule une l’apiculture que j’aime nommé de durable.
      J’espère que ça répond à vos interrogations.
      Vos abeilles ont bien passées l’hiver ?

  2. Bonjour!
    J’ai l’habitude d’hiverner avec une hausse et si elle est pas assez lourde genre 85 livres je nourris aux sucres deux pour un . Je vais essayer votre recette cette année.J’ai eu des problèmes de dysenterie au printemps j’espère que ça va régler mon problème.
    Merci

    1. Bonjour Bernard. Mon webmaster vient de me transmettre votre courriel…
      Avez-vous dû utiliser la recette de sirop de sucre l’automne dernier ?
      Vos abeilles ont-elles bien passées l’hiver ?

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