Imbolc 2019

Emmitouflée dans ma soute de neige, j’observe le ciel monochrome couché sur l’édredon de l’hiver. C’est bon d’être dehors et de respirer l’air frais. Il fait moins treize degrés Celsius, mais mon corps désormais habitué au froid ne rechigne pas. Au contraire. On aime s’envelopper de l’épais silence de l’hiver qui a conquis l’homme et confiné celui-ci  à l’intérieur. La nature règne d’une souveraineté froide.

En cette saison, seuls les braves et les amoureux sortent dehors. À la veille de la fête païenne de Imbolc, qui marque la mi-temps de l’hiver, je suis venue visiter les ruches afin de m’assurer que ces dernières ne suffoquaient pas sous une couche de glace potentielle.

À mon grand bonheur, une cheminée s’est formée sous la neige, signe que les ruches sont bien vivantes. Je prends garde à ne pas défaire l’isolation naturellement formée par la neige. 

Début du mois de février, la reine s’est certainement remise tranquillement à la ponte. J’imagine les abeilles former une boule de chaleur autour d’elle, chacune se relayant de l’extérieur vers le noyau central, comme les manchots empereurs couvrant leurs œufs en petits groupes. La survie des abeilles dépend de la réserve de miel que nous leur avons laissé à l’automne, soit entre 25 et 40 livres par ruches. À la première journée tempérée de mars, nous ouvrirons les ruches afin de nous assurer que les abeilles ont suffisamment de miel pour patienter jusqu’aux premières fleurs du mois d’avril. Quel bonheur lorsque nous verrons apparaître les fleurs rouges qui pendent des branches des érables et les taches jaunes du tussilage jaillissant abondamment entre la garnotte des chemins de campagne.

Je m’étends auprès des ruches pour écouter, mais mon oreille droite perçoit le vrombissement sourd de l’autoroute et la gauche des coups de bec des pics sur les troncs des sapins et des pruches, à la recherche d’insectes nichés entre l’écorce et le cambium.

L’érable sous lequel je m’étends l’été pour observer la danse des abeilles est dénudé du ramage qui me protège des rayons brûlants de juillet. Il semble engourdi du même sommeil que celui des abeilles.

Je ferme à mon tour les yeux pour mieux percevoir le monde qui m’entoure.

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